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LTC – Session 2 : Ressourcement, Vision stratégique, et Hygiène de fonctionnement

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Téléchargez L’article – Séminaire Leadership et Transformation Créatrice

 

Quel est notre angle de vue ?

La pression et la perception de la pression que les dirigeants et les collaborateurs d’une entreprise ressentent au quotidien se sont accrues ces dernières années. Les causes en sont multiples et bien connues : crises économiques et financières à répétition, compétition mondialisée et pression sur les coûts, modifications rapides des modèles d’activités du fait des ruptures technologiques et du renforcement du poids du client, surcharge d’informations et de sollicitations liées à internet, incapacité des responsables politiques à dégager une vision d’avenir sur les questions de fond de la société, modifications structurelles de la société et des valeurs, etc.

Les dirigeants d’entreprise tout comme leurs collaborateurs sont de plus en plus sollicités par l’action à court terme, par les urgences de toutes sortes, sans avoir le sentiment de pouvoir souffler. Tous les indicateurs[1] montrent d’ailleurs que la souffrance au travail se développe.

Dans le même temps, l’aspiration de tout un chacun à se réaliser tant personnellement que professionnellement n’a jamais été aussi forte. La relation au travail évolue sur tous les plans, que ce soit en termes d’attentes vis-à-vis de l’entreprise, de mode de relation hiérarchique, d’aménagement des locaux ou de développement des travailleurs indépendants.

L’éventail des changements auxquels nous assistons est considérable et nous assistons à une transformation en profondeur du tissu social[2] que les dirigeants doivent prendre en compte dans leur mode de management et leur style de relation mais aussi dans la conception de leurs organisations.

Il nous a semblé intéressant dans ce contexte de nous focaliser notre attention sur le thème du ressourcement, sous le double angle de vue de :

  • ressourcement du dirigeant, comme condition de l’émergence d’une vision stratégique pertinente et ne rejouant pas le passé.
  • le ressourcement des collaborateurs, à la fois comme hygiène de fonctionnement et condition de la réussite collective.

 Nous privilégions durant le séminaire la co-construction d’idées, le partage d’expériences et l’expérimentation personnelle, au détriment d’exposés et d’apports théoriques. L’appropriation des questions traitées nécessite cependant un effort d’investigation personnelle, et nous souhaitons que chaque participant prenne connaissance des documents que nous rédigeons spécialement et que nous diffuserons préalablement. Nous joignons aussi une abondante référence d’articles, de livres et de films à consulter pour approfondir certaines questions en fonction de l’intérêt de chacun.

Nous posons quelques bases de réflexion sur ce qui vient s’opposer au ressourcement.

Notre rationalité devrait nous inviter à équilibrer nos vies entre temps intérieur et temps d’action et de relation et à le vivre comme une évidence naturelle dictée par le pragmatisme. Mais, voilà, des courants de fond, issus des profondeurs de notre essence ontologique, créent des tourbillons menaçants dont nous cherchons à nous éloigner. Ces tourbillons s’originent dans la question du sens de l’existence terrestre.  Le sens n’est pas totalement donné et la question angoissante de la mort et de son mystère constituent un roc inaliénable sur lequel nous fondons et notre identité et les réponses que nous allons donner à cette double question.

Nous avons donc plusieurs courants à l’œuvre dans notre économie psychique.

– je fais, je pense, donc j’existe. Aussi longtemps que je suis dans l’action et la création je repousse la mort et je crée du sens. L’angoisse existentielle du vide de sens et de la question de la mort  est fixée sur des objets de la réalité, partageables (la différence entre anxiété et angoisse : la première porte sur des situations concrètes, la seconde est sans objet défini et saisit l’entièreté de la personne sans qu’elle puisse  agir sur une cause identifiée. Passer de l’angoisse à l’anxiété est une stratégie du vivant pour réduire l’inconfort).

je suis en relation avec le Monde donc je ne suis pas seul devant la question qui gite peut être au cœur du grand tourbillon et qui me renvoie au fait que je suis seul à la naissance et seul dans ma mort.

quand je fais, que je suis avec les autres dans cette création commune, souvent porté par la conquête ou la défense du territoire, il y a une charge positive d’excitation et de stimulation entre nous. L’investissement narcissique est important et beaucoup de l’énergie de vie (libido) est engloutie positivement dans notre Etre social, avec l’intensité et la diversité des sentiments et émotions vécus (satisfaction, déception, colère, dévalorisation…). J’existe, nous existons. De plus, la culpabilité est un ressort qui nous maintient en dépendance de notre environnement. Faire différemment nous expose à la stigmatisation par le corps social et au risque du rejet par les autres[3].

Défier la mort est une stratégie de déni (le déni est un mécanisme de défense inconscient  archaïque très puissant et efficace puisque je repousse au loin de mon champ de conscience ce qui me menace et sur lequel je n’ai pas de maîtrise et je le remplace par ce qui va constituer pour moi une sécurité. Toutes les formes d’addiction, le travail, l’alcool, le tabac, le sport extrême, le jeu, les relations amoureuses, les collections, les achats compulsifs, etc. sont de puissantes digues face à la peur de la mort.

La pleine conscience de la place du ressourcement est assortie de la victoire de « l’individuation »  sur la sécurité de l’appartenance au collectif (l’individuation est à distinguer de l’individualisme. Le premier suppose d’assumer sa responsabilité sur Sa vie, et  d’avoir accédé à une maturité face à la question du sens de sa vie et de sa mort, d’avoir pris conscience de nombreux déterminismes et conditionnements subis puis choisis.  Dans cette liberté conquise sur la peur, l’envergure du dirigeant se déploie, au sein de la communauté, avec ses apanages : guider, donner du sens, accompagner la croissance. L’individualité est égocentrée : je Suis, moi, dans mon confort,  et les autres ne sont pas mon problème.

Se ressourcer pour un dirigeant peut passer par l’étape individualiste, mais cela ne constitue qu’une étape sur le chemin. Le Moi social reste aux commandes dans le cas de l’individualisme et le ressourcement peut ne pas se projeter sur sa responsabilité vis à vis de ses équipes.  Dans le processus d’individuation qui permet de passer de la dépendance à l’autonomie (nous ferons un bref survol de de l’analyse transactionnelle et des triangles de la dépendance et de l’autonomie) nous prenons appui sur le Soi, instance supérieure au Moi d’où émerge sens et sécurité.

                  Créons comme une barrière de corail qui laissera filtrer d’élémentaires instants de ressourcements  au fil de l’eau, pour nous et les autres, afin de domestiquer ces grands requins qui peuplent notre imaginaire !

Le ressourcement et la vision stratégique

Un dirigeant sollicité de toutes parts et soumis à la pression du quotidien décide souvent très vite, sur un mode de quasi-réflexes acquis à travers son expérience et en ligne avec sa personnalité. Ce mode de fonctionnement très réactif a une forte utilité car il permet de réagir rapidement face à des sollicitations multiples ; il nous paraît même nécessaire pour le dirigeant de définir ses outils et modes de fonctionnement standardisés, ses rites propres pour gagner à la fois en fluidité et en économie de fonctionnement au quotidien.

Dans le même temps, le dirigeant se pose en permanence la question de savoir si les décisions et les orientations qu’il prend sont suffisamment pertinentes au regard de la stratégie voulue. Il vit ainsi dans une tension constante entre l’action et la mise en perspective, entre décision et interrogation sur la pertinence de cette décision.

Cette tension ne reste productive que si le dirigeant sait casser le rythme de temps à autre, et a appris à se ressourcer pour sortir d’un fonctionnement quasi-mécaniste, pour réensemencer sa créativité et sa distance critique.

Nous plaçons ainsi la question du ressourcement sur un double plan :

  • celui du micro-ressourcement constant du dirigeant engagé dans l’action, sorte d’habitude de fonctionnement qu’il doit acquérir pour naviguer entre différents niveaux de conscience, pour essayer de conscientiser sur l’instant son processus décisionnel et ses émotions en jonglant en permanence entre rationalité et feeling, entre cerveau gauche et cerveau droit.

Il s’agit ici d’un apprentissage à développer, en écoutant son corps, ses émotions, ses intuitions, en sachant  faire des mini-breaks, respirer, fermer les yeux, regarder au loin, etc.

Nous expérimenterons durant le séminaire plusieurs outils de micro-ressourcement et partagerons nos expériences dans ce domaine.

  • celui du ressourcement personnel plus en profondeur, détaché de l’action immédiate et prenant un peu de temps pour se relaxer, s’oxygéner, méditer, ressentir, rêver, etc. Cette forme de ressourcement permet le travail de l’imaginaire, condition clé de la créativité, de la ré-interrogation créative de la stratégie, de la mise en harmonie entre projet individuel et professionnel, de la recherche de sens, etc.

Nous expérimenterons à cet égard les outils de synchronisation des hémisphères cérébraux développés par Monroe qui permettent d’accéder à des niveaux de relaxation et de conscience supérieure mais aussi de créativité qui nous paraissent intéressants à connaître pour des dirigeants.

Tel que nous venons de le voir, le ressourcement du dirigeant permet la perpétuation d’un système existant mais n’interroge pas les finalités et les contradictions de ce système. Or il semble que c’est dans la découverte des épines irritatives, dans l’ouverture à l’altérité transformatrice que les conditions du vrai ressourcement se réalisent et ceci concerne autant le dirigeant que ses collaborateurs.

Une des raisons du mal être actuel dans les entreprises vient du conformisme de la pensée, de l’absence de proximité, de la diffusion des pensées de conviction du dirigeant qui sont autant de billes de plomb dégoulinant du haut qui empêchent la singularité de s’exprimer, qui tarissent le jaillissement créatif et la prise en compte des contradictions.

Favoriser le ressourcement, signifie aussi pour un dirigeant de favoriser la liberté de penser tant pour lui-même que pour ses collaborateurs et prendre en compte au-moins en partie cette expression.

Le ressourcement des collaborateurs, hygiène de fonctionnement et clé de réussite collective

Au même titre que pour le dirigeant, le ressourcement des collaborateurs nous paraît une nécessité vitale en termes de créativité, d’adhésion au projet commun et de motivation collective.

Nous insisterons davantage sur la responsabilité du dirigeant à cet égard, notamment pour :

  • autoriser par son style de management collaboratif le ressourcement des collaborateurs,
  • donner du sens à l’action collective,
  • prévenir les risques psycho-sociaux et la souffrance au travail et définir des règles d’hygiène de fonctionnement,
  • éviter le cantonnement de personnes en situation de transit professionnel sans travail. Nous insisterons notamment sur la responsabilité des dirigeants face au « bore out » (les personnes en situation de chômage interne dans les organisations qui sont payées à ne rien faire, situation souvent destructrice psychologiquement).

Ce séminaire nous permettra également d’aborder deux projets personnels.

Nous aurons aussi le plaisir d’accueillir Virginie Rossigneux qui animera un atelier de conscience corporelle et Luc Bigé qui interviendra sur le thème de la lecture symbolique du corps.

Nous souhaitons que ce séminaire soit aussi un moment de ressourcement personnel pour chacun d’entre vous, et nous nous réjouissons de vous retrouver bientôt.

Laurence Lucas et Gérard Roth, 28 Avril 2016.

[1] Que ce soit le nombre de dépressions, la consommation de Prosac, le nombre de burn out, voire de suicidés sur le lieu de travail, les indicateurs sont tous en augmentation ces dernières années. Voir étude et travaux du docteur Alain Gérard et d’Edouard Zarefian.
[2] Voir les travaux de Alain de Vulpian qui analyse de façon lumineuse la métamorphose de la société.
[3] voir René Girard et son concept de bouc émissaire qui soude le collectif en rejetant un de ses membres.

 

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