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La COP 24, un rendez-vous manqué.

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Bénédicte et moi avons passé quelques jours en Pologne pour assister à cette convention environnementale des Nations Unies. Au-delà de la bonne organisation logistique, du talent du Président de la COP, des efforts des négociateurs comme du travail considérable des experts, notre impression est celle d’un résultat en demi-teinte. La presse polonaise a bien entendu salué l’événement comme un succès tandis que la presse internationale insistait sur la démission planétaire face au climat. Il est vrai que le climat de tensions internationales n’était pas favorable pour aller au-delà d’un consensus minimal mais cette COP 24 n’en constitue pas moins un rendez vous manqué face aux enjeux de réchauffement climatique.    

Un résultat en demi-teinte de la COP 24 car :

– l’accord obtenu – à l’arrachée et après une fastidieuse prolongation – sur le « rule book » définit certes des critères permettant de concrétiser l’accord de Paris mais c’est un accord a minima. Il n’a pas pris en compte le cri d’alerte des experts sur les risques du réchauffement et n’a pas permis de rehausser les objectifs.

– peu de délégations de haut niveau marquant le désintérêt des principaux États.

– insistance polonaise sur la nécessité d’être raisonnable et d’une « transition juste » (le discours d’ouverture du Président de la Pologne, comme celui du Président de la COP donnaient dans cette tonalité et manquaient de souffle. Ils donnaient le sentiment d’appuyer autant sur l’accélérateur que le frein).

– effets négatifs de la position américaine et de leurs lobbies pétroliers et charbonniers encourageant non seulement les climato-sceptiques mais se livrant à des exposés provocateurs.

– des stands des ONG, des universités et des associations peu attractifs et peu fréquentés malgré leur emplacement proche de l’espace repas.

– une absence d’engagement suffisante des grands bailleurs de fond (les 200 milliards de $ annoncés par la Banque Mondiale sont largement insuffisants pour aider les pays émergents à faire la transition bas carbone)

– une dimension digitale pas assez perceptible ni visible, que ce soit en termes d’accueil et de logistique, d’interactivité, de relais et de remontée d’information.

– une dimension innovation insuffisamment mobilisée.

Malgré cela quelques points forts :

– des ateliers-débat en continu sur de nombreux enjeux,

– des discussions techniques intenses sur les critères.

– des ateliers de formation à des questions climatiques essentielles,

– quelques interventions marquantes de vedettes de la jet set environnementale planétaire.

– un rapport GIEC publié en Novembre sur la nécessité de limiter l’augmentation de la température à 1,5% et représentant un travail approfondi des experts. Mais une coalition des pays pétroliers (USA, Russie, Arabie Saoudite, Koweit) indiquant qu’elles ne « prenaient pas connaissance avec intérêt » de ce rapport mais qu’elles « en prenaient note », subtilité sémantique en guise de torpillage !

– une présence remarquée du Secrétaire Général de l’ONU venu à Katowice à 3 reprises. Il a contribué à porter cette convention et sa forte implication a aidé à l’obtention de l’accord in extremis.

– un processus de dialogue international soft promu par la présidence précédente des Fidji – le processus de Talanoa – qui se poursuivra.

– plusieurs cris d’alarme de pays directement menacés par la submersion mais ne pesant pas lourds sur la scène mondiale.

En synthèse :

une COP terne et à dominante technique, ayant permis d’adopter le fameux « rule book », un ensemble de règles de transparence, et de concrétiser ainsi l’accord de Paris.

pas d’avancée significative en termes d’objectifs environnementaux,

une forme de non-événement planétaire, insuffisamment relayé médiatiquement et sans effet d’entraînement sur une prise de conscience de l’opinion publique mondiale de l’urgence environnementale,

une interrogation sur le coût : de l’ordre de 22 000 participants, des délégations de plusieurs centaines de personnes pour certains pays, notamment africains dont on voit mal l’utilité, si ce n’est de permettre une forme de tourisme sous prétexte environnemental. Qui paye ?…

une Pologne qui se drape de vert pour mieux poursuivre sa politique charbonnière et voulant se donner une belle image sur la scène mondiale alors que sur bien des points, sa politique est réactionnaire et liberticide. La Pologne a organisé 3 COP ces dernières années (2008, 2013, 2018) il est temps de passer le relais à d’autres.

De manière plus globale, le résultat en demi-teinte de cette COP 24 interroge aussi sur l’utilité et la fréquence de telles manifestations.

Les nombreux points de crispation mondiaux (tensions USA/Chine), absence de leadership européen, faiblesse des pays concernés de manière existentielle par les dérèglements climatiques, etc.) et l’incapacité de se fixer des objectifs répondant à l’urgence révélée par les experts nécessite à notre sens de changer de logique.

Ne conviendrait-il pas mieux de favoriser via les réseaux sociaux une prise de conscience mondiale, et des événements citoyens planétaires ?

Ne serait-il pas plus judicieux de favoriser des assises régionales par Continent mettant en exergue les bonnes pratiques ? Et débouchant éventuellement sur des accords régionaux ?

Une COP pourrait se tenir ensuite tous les 2 voire 3 ans à un niveau planétaire, acter des progrès régionaux et fixer une nouvelle ambition.

Mais de manière plus fondamentale, il nous semble qu’il est temps d’inventer de nouveaux modes de gouvernance environnementale mondiale. En effet, pourquoi ne pas substituer à cette logique d’une COP centralisée et fonctionnant sur une métalogique du top/down désuète, une logique citoyenne planétaire transversale avec l’aide des réseaux sociaux ?

A quand les premiers happening planétaires pacifiques de « gilets verts » ou de cristallisations momentanées à fort effet médiatique et à forte capacité d’interpellation politique ?…

Bénédicte et Gérard ROTH

17 Décembre 2018.

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